Archive pour la catégorie 'Justice et démocratie'

Les jeunes issus de l’immigration ont de l’ambition

Mercredi 20 mai 2009


Les jeunes issus de l’immigration ont de plus grandes ambitions scolaires et professionnelles que les jeunes Québécois d’origine. Et ils considèrent davantage le mariage comme un engagement incontournable dans la vie de couple, a indiqué Audrey Duchesne de l’Université du Québec à Trois-Rivières lors d’un colloque qui se déroulait hier au congrès de l’Acfas.

 

Dans le cadre d’une vaste étude visant à mieux connaître les valeurs des jeunes Québécois âgés de 17 à 25 ans, cette étudiante à la maîtrise s’est intéressée particulièrement à quelques jeunes qui étaient nés au Québec de parents immigrants ou qui étaient arrivés au pays en bas âge.

 

Les jeunes issus de l’immigration avaient davantage l’ambition de réussir professionnellement, a-t-elle relevé. Chez les Asiatiques particulièrement, les études et le travail figurent au sommet de leur système de valeurs. «La réalisation de soi passe avant tout par le travail acharné», a souligné Audrey Duchesne.

 

Pour les filles de toute origine, la vie de couple est une affaire sérieuse qui est indissociable du mariage. «Elles aspirent à vivre en couple, mais à la fois, elles manifestent une certaine crainte de l’engagement qu’il implique, car une fois qu’on est engagé — comprendre marié — il n’est pas question de divorcer», a expliqué Mme Duchesne.

 

Fonder une famille fait aussi partie de leur projet de vie, mais «elles ne veulent pas reproduire le rôle que leur mère a eu au sein de leur famille». Elles désirent une famille moins nombreuse que la leur et ne veulent pas demeurer en permanence au foyer pour prendre soin de la famille. «Le travail professionnel est primordial, car à leurs yeux, il permet de se réaliser», a précisé la chercheuse.

 

Les jeunes issus de l’immigration sont souvent très attachés à leur famille. Malgré cet attachement, ils entrent assez fréquemment en conflit avec leurs parents «qui leur mettent beaucoup de pression pour qu’ils réussissent leurs études». Autant ils considèrent leurs parents comme des modèles pour certaines valeurs, autant ils trouvent que ceux-ci «émettent des jugements trop facilement, sont fermés d’esprit, sont trop traditionnels et même parfois racistes».

 

La chercheuse a remarqué que les jeunes dont les parents sont immigrants tentent de concilier les valeurs familiales et celles de la société dans laquelle ils vivent. «Ils ne tournent pas le dos complètement à leurs valeurs familiales pour adhérer aux valeurs de leur pays d’adoption, mais ils optent plutôt pour un métissage des deux», a-t-elle commenté.

 

La jeune chercheuse ne se permet pas de grandes généralisations étant donné qu’elle a interviewé quelques personnes seulement. «Des études qualitatives comme celle-ci représentent énormément de travail, c’est pourquoi notre échantillon est si petit. Mais les résultats nous donnent tout de même une bonne idée de ce que pensent les jeunes immigrants dans leur ensemble», conclut-elle.

Pauline Gravel.  Le Devoir 16 et 17 mai 2009.

Mort de Fredy Villanueva: des ratés avant même l’enquête du coroner

Mardi 7 avril 2009

 Une requête de la famille de la victime et des témoins sera entendue demain

La famille de Fredy Villanueva et les principaux témoins de l’intervention policière qui a coûté la vie au jeune homme reviennent à la charge. Ils réclament à la fois une enquête du coroner élargie afin de traiter du profilage ethnique par les agents du Service de police de Montréal (SPVM) et ils revendiquent des «moyens équivalents» aux policiers pour se faire entendre.

L’enquête publique du coroner sur la mort du jeune Villanueva n’est pas encore commencée qu’elle connaît de sérieux ratés. Selon une requête dont Le Devoir a obtenu copie, les parents du jeune disparu et les principaux témoins de la funeste intervention policière du 9 août dernier, à Montréal-Nord, n’ont pas pu obtenir un exemplaire de la preuve amassée par la Sûreté du Québec (SQ). Et le coroner ad hoc, Robert Sansfaçon, considère qu’ils ne sont plus représentés par des avocats dans le cadre des audiences publiques.

Dans une requête qui sera présentée demain au palais de justice, la famille Villanueva et les cinq témoins du drame (Dany Villanueva, Jeffrey Sagor-Metellus, Denis Meas, Jonathan Senatus et Anthony Clavasquin) réitèrent leur demande pour que soient mis à leur disposition des «moyens équivalents» à ceux des policiers lors des audiences publiques. Ils veulent mettre la main sur la preuve de la SQ, une brique de 1060 pages avec des extraits audio et vidéo. Ils veulent aussi connaître les raisons pour lesquelles la Couronne a choisi de ne pas porter d’accusations contre Jean-Loup Lapointe et Stéphanie Pilotte, les deux patrouilleurs impliqués dans la mort de Villanueva. À ce sujet, ils souhaitent faire témoigner tous les procureurs qui ont passé en revue la preuve compilée par la SQ.

Les parents de Fredy Villanueva, leur fils Dany et les quatre autres témoins ont tous signé cette requête dans laquelle ils réclament également que l’enquête du coroner se penche sur le profilage ethnique au SPVM et sur les allégations de partialité des enquêtes sur les morts d’hommes aux mains de policiers (la SQ enquête sur le SPVM, et vice-versa).

La Ligue des droits et libertés, reconnue comme une «personne intéressée» aux fins de l’enquête, partage cet avis. La Ligue n’a pas signé la requête, mais ses porte-parole tiennent aujourd’hui une conférence de presse, pour se prononcer en faveur de la tenue d’une enquête élargie qui traiterait des questions de profilage ethnique et des allégations d’impunité dont bénéficieraient les policiers impliqués dans des cas de mort d’homme.

 

Un profond malaise

La correspondance entre Robert Sansfaçon, le procureur du coroner, François Daviault, et l’avocat de Jeffrey Sagor-Metellus, Alain Arsenault, lève le voile sur le profond malentendu qui assombrit les chances de succès de l’enquête tant attendue du coroner, à compter du 25 mai.

Le 23 janvier, les avocats de la famille Villanueva et les principaux témoins ont annoncé leur intention de ne plus participer à l’enquête, étant donné que le ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, n’acceptait pas d’assumer les frais d’avocats de tout le groupe. Au mieux, le ministre Dupuis a promis de prendre en charge les frais de la famille Villanueva.

Depuis ce jour, le juge Sansfaçon et Me Daviault considèrent que les parents de Fredy Villanueva et les cinq témoins de la mort du jeune homme se représenteront seuls lors des audiences publiques. «Je comprends que vous n’êtes plus représentés par des avocats, mais que vous pouvez toujours participer à cette enquête à titre de personnes intéressées», écrit Robert Sansfaçon dans une lettre du 26 janvier. «Je vous informe cependant que vous devez obligatoirement vous présenter aux dates indiquées sur les subpoenas que vous avez déjà reçus à titre de témoins», ajoute le coroner ad hoc Sansfaçon.

Selon Alain Arsenault, cette position équivaut à un «déni du droit à l’avocat de son choix» pour les Villanueva et les témoins du drame, qui ont pourtant été reconnus comme des «personnes intéressées» dans le cadre de l’enquête publique. La situation est d’autant plus difficile à comprendre que les avocats écartés du dossier ont tous signé la requête dont Le Devoir a obtenu copie.

Par ailleurs, Me Daviault refuse obstinément de donner un exemplaire de la preuve aux avocats de la famille Villanueva et aux témoins. «[…] l’enquête du coroner n’est pas le procès d’un accusé où il y a obligation de divulgation de la preuve pertinente par le poursuivant», explique-t-il dans une lettre du 3 mars dernier dont Le Devoir a obtenu copie. Me Daviault reconnaît par contre que la preuve peut être transmise «de façon volontaire et à certaines conditions».

Les avocats des agents Lapointe et Pilotte et la Fraternité des policiers de Montréal ont obtenu des informations sur l’enquête de la SQ, de même que la Ligue des droits et libertés. Mais quand Jeffrey Sagor-Metellus (atteint d’une balle dans le dos lors de la tragédie du 9 août) a demandé qu’un exemplaire de la preuve lui soit acheminé au bureau d’Alain Arsenault, Me Daviault a répondu au jeune homme qu’il pouvait consulter le document à ses bureaux. Une «partie importante de la preuve documentaire» sera déposée lors du début des audiences, enchaîne Me Daviault dans cette lettre du 17 mars. De plus, une copie d’un rapport ou d’une déclaration sera remise avant chaque témoignage, écrit Me Daviault.

Selon Alain Arsenault, c’est un non-sens. «Comment voulez-vous qu’on se prépare adéquatement sans avoir accès à toute la preuve? À titre d’exemple, il est même possible que les policiers impliqués n’aient jamais été rencontrés par les policiers de la SQ chargés de l’enquête.»

La journée de demain promet donc d’être animée au palais de justice. Outre la requête des Villanueva et des témoins, le policier Jean-Loup Lapointe, qui a ouvert le feu sur Fredy Villanueva, et son équipière Stéphanie Pilotte exigeront une ordonnance de non-publication sur tous les détails (y compris leurs noms) permettant de dévoiler leur identité lors des audiences.

BRIAN MYLES Édition LE DEVOIR du mardi 07 avril 2009